Domi and Claude est un spectacle qu'on peut qualifier d'intime. Par la jauge de public qu'il peut toucher par exemple si ce critère reste valable dans le genre de spectacles de rue. Théâtre forain mais pas entresort, Domi and Claude ne limite pas le nombre de spectateurs mais il ne fait pas non plus dans le boniment et dans le sensationnel. Pas de micro ni de sono ni même de porte voix : le couple murmure ou presque, il parle d'un ton peu assuré, le volume sonore ne permet pas qu'un grand nombre de personnes puissent entendre ce qui se dit. Au début, on a pensé à sonoriser avec des micros HF. L'idée a très vite été abandonnée et le risque de mécontenter les plus mal placés de l'assistance, assumer. Sur notre fiche technique, on écrit "spectacle pour 350 personnes", "lieu calme nécessaire" pour donner une idée des conditions d'accueil souhaitées. Dans certains cas, durant la tournée d'été 2005, on dépassait les 600 personnes... parfois 800. Mais ce n'est pas la généralité. Alors quand on est reçu à Cognac pour la 1ère fois pour le festival Coup de Chauffe avec le GIGN on ne s'attend pas à voir autant de monde. Et surtout on ne s'attend pas à voir le lieu de représentation choisi par l'organisateur être assailli par une foule nombreuse, bruyante et exigeante qui plus est. Pour l'avoir vécu, le genre de remarques récoltées durant ce festival ne sont pas des plus agréables à recevoir.

Bien sûr qu'ils ne parlent pas assez fort. Bien sûr qu'ils n'ont pas de micro. Bien sûr que c'est épuisant de tenter de saisir les répliques qui font rire les premiers rangs alors qu'on est sur la pointe des pieds tout au fond et qu'une foule de badauds circulent à quelques pas... Mais s'ils parlent plus fort, s'ils ont des micros, Domi and Claude ne sont plus eux mêmes. Et c'est pour eux que les gens sont venus s'asseoir parfois 1h avant l'heure de représentation.

Le dimanche en fin d'après midi, c'était pire que la veille : le bouche à oreilles avait fonctionné, la foule se pressait plus nombreuse encore. Il a fallu que je prenne la parole pour expliquer que vu les conditions, seulement la moitié des gens réunis pourraient entendre. Et ça s'est mieux passé devant un public plus attentif, plus respectueux peut être aussi quand il décidait de partir... Pourtant parmi les 600 personnes massées devant la caravane, peu sont partis ce jour là... Le besoin de consommer du spectacle a laissé la place à l'échange et le respect.

Je crois que j'ai appris quelque chose ce jour là : on ne peut pas blâmer le public qui vient nous voir même s'il est parfois dur dans ses propos et ses jugements; on peut lui parler et lui faire comprendre que le spectacle qu'il va voir demande de l'attention et du respect parce qu'il s'adresse à eux dans un cadre familier et quotidien transformé pour accueillir du spectacle. La transformation opérée n'est pas évidente à saisir; l'organisateur aurait sans doute dû veiller à ne pas nous placer sur un lieu de passage continu en nous mettant un peu à l'écart. Nous ne pouvions pas faire grand chose nous mêmes débordés et seuls face aux spectateurs avides de VOIR et d'ENTENDRE. C'est un problème récurrent dans les festivals d'envergure qui sont victimes de leur succès; du moins, ce sont les spectacles qui sont les victimes car ils affrontent des conditions très dures que jamais on ne verrait ailleurs. Mais la rue est la rue et il est difficile d'en faire un espace théâtral, ce n'est d'ailleurs pas le but. Et le public est là, nombreux, alors qu'à peine 1 français sur 10 met les pieds dans un théâtre... Dans les plus petits festivals, le public est moins nombreux, les lieux sont protégés mais pas dénaturés, la rencontre se fait bien, c'est plus "humain".

Certains professionnels pensent que Domi and Claude n'ont rien à faire dans la rue... Je pense le contraire et je soutiens que nous devons imaginer ensemble les lieux de représentation en collaborant plus étroitement avec eux dans le choix des lieux, l'accueil du public, le confort proposé... Et puis, je me remémore les impressions écrites par Jacques Livchine du Théâtre de l'Unité sur son site à propos du spectacle Domi and Claude et ça me réconcilie avec la profession !