Intermittence, pente vertueuse et grand écart
Par paco bialek, samedi 4 novembre 2006 à 16:39 :: Politique :: #9474 :: rss
Partenaires sociaux et gouvernants nous enjoignent à rentrer dans les clous. Seulement, l'économie du spectacle vivant est indissociable du régime d'assurance chômage. Bienvenue dans l'ère de la rentabilité artistique...
En réaction à chaud à l’article de JM Adolphe dans Mouvement (Intermittents : la CFDT mène l’affront – 2/11/06) et pour commenter le dernier épisode du dossier Intermittents : l’application du protocole 18/04/06 sera effectuée en douceur, le rattrapage sur 12 mois aura lieu en 2007, l’accompagnement du fonds permanent mis en place par l'Etat se fera plus longtemps que prévu; l'ASS des intermittents appelé "fonds de professionnalisation" sera renouvelable sur 2 ou 3 ans mais avec des critères d’ancienneté plutôt clairs : le rattrapage « mécanique » n’est plus d’actualité, on franchit une 3ème étape dans l’écrémage en vigueur depuis le protocole du 26 juin 2003.
Le hic et l’un des gros problèmes c’est que la règle se veut vertueuse sans tenir compte de la réalité de la profession : près de 50% d’entre nous sont employeurs/employés et les ASSEDIC sont officieusement les coproducteurs des spectacles et événements organisés en France et ailleurs. C’est un constat et un fait mais tout le monde fait semblant de ne pas le savoir.
Dans cette logique, le gouvernement, qui se prépare vraisemblablement à donner son agrément à l'accord du 18/04/06, nie la précarité accrue due à un système d’assurance chômage remis dans le droit chemin : les permittents, travailleurs réguliers, gros salaires n’ont pas trop de soucis à se faire : ils sont vertueux, ils travaillent quasiment toute l’année donc ils ne sont pas inquiétés par cette réforme, pour l’instant du moins.
Ce qui veut dire que la spécificité de l’intermittence est vidée de son sens et de sa raison d’être : la vertu c’est l’emploi stable et régulier ; l’abus et ce qu’il faut éradiquer c’est l’intermittence du travail, ce qui sous entend le temps de formation, de réflexion, de maturité, de recherche, de prospection nécessaire à élaborer et lancer un travail artistique. Ce qui sous-sous entend au passage l’économie parallèle des petites, moyennes et grosses productions qui s’est construite sur la base du « travail dissimulé », c’est à dire du système D et qui a contribué largement et directement à l’émergence de bon nombre de créations - j’ai presque envie de dire de TOUTES les créations françaises.
Ceci revient à dire que les économies précaires vont disparaître et avec elles les créations qui font le foisonnement et la richesse d’une culture du spectacle et du cinéma enviée par tous nos voisins. L’anomalie française est sur le point de se résorber grâce aux bons soins de nos docteurs-décideurs qui ont depuis quelques temps diagnostiqué un mal insidieux qui ronge l’assurance chômage.
…
Fin du combat, provisoirement. On a perdu cette bataille, on perd notre sang, notre dignité de professionnels et avec eux la liberté de créer et de défendre une pluralité artistique.
On est entré brutalement dans l’ère de la rentabilité artistique et culturelle.
Dehors les moribonds, les obscurs et les jeunes prétentieux qui se disent artistes !
On nous a cassé la gueule, en toute beauté.
Bravo messieurs dames du gouvernement. Nous sommes trop peu déjà pour vous effrayer, notre secteur est tellement insignifiant que ça vous en touche une sans bouger l’autre. Il faut voir pour s’en convaincre l’enjeu d’importance mineure que nous représentons à la veille des prochaines élections présidentielles... Tristement vides, vos programmes. Il fallait s’en douter.
Vous nous avez banané, fait tourner en bourrique, vous nous avez abusé par de vieilles ficelles, la technique bien huilée des rapports d’experts pour gagner du temps, du ministre apaisant et à l’écoute mais en secret, tout était déjà joué, vous êtes arrivés à votre but : contraindre la profession à réduire son nombre avec la complicité des syndicats.
Nous avons joué votre jeu, bien obligés, c’est la règle démocratique et républicaine qui s’applique dans ce genre de conflit ; toute autre manière est illégitime et donc soumise à la répression… Evident. C’était évident… Nous avons appris beaucoup, nous avons fait des erreurs et nous avons appris de nos erreurs. Rater mieux…
Nous étions les experts, nous le sommes encore mais nous sommes aussi les vaincus.
Sursis.
Pour les plus chanceux d’entre nous, le sursis durera 1 an ou 2 tout au plus. Déjà, les rumeurs circulent, les combinards échafaudent des tactiques. On n’est jamais sorti de la magouille, on nage en plein dedans : c’est ce que vous appelez « la pente vertueuse ».
Nous voilà bien avec cette vertu que nous n'avons pas les moyens de respecter. Question de survie...
Dormez braves gens...
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