On s'en tire jamais à si bon compte...

Le passé nous rattrape un jour, toujours. L'oubli est un leurre. Comme si le passé voulait encore goûter le plaisir fugace du présent qui se vit, se consume comme une allumette, une mèche rapide, une feuille de papier à cigarette, ou une brassée de feuilles bien sèches... Un petit arrière goût de déjà vu, une rémanence du présent, la vengeance du passé...

On remplit sa vie avec tout un tas de choses. Plus ou moins importantes. Vois nos congénères se passionner pour les courses automobiles et le tuning, la pêche à la truite et la fabrication des mouches, la politique internationale et la lutte des classes, les grandes guerres et leurs généraux, le cryptozoologie ou la recherche de traces de vie extra terrestre sur la terre...

On fait des enfants, on fabrique, on détruit, on consomme, on se déplace, on s'agite beaucoup toute notre vie, et puis peu à peu, on se fatigue, on vieillit, on se fige; on va à l'essentiel, on bouge de moins en moins souvent et de moins en moins vite. Et un jour, on meurt.
Après toute cette agitation, toute cette énergie à vivre, on finit tout bêtement comme une feuille emportée par le vent d'automne, jaunie et flétrie par la vie, plus ou moins en bon état, mais qu'importe l'état, c'est le résultat qui compte. On se désagrège, on rentre dans la terre, on s'unit à elle, on se fond, digéré par les nécrophages sans qui, il faut bien le dire, la terre serait un vaste charnier...

On a que les ennuis qu'on se crée. An 2007, 21è siècle de civilisation judéo chrétienne à tendance musulmane, bouddhiste ou animiste.
On se figure qu'on a évolué, on se dit civilisé, en paix, en voie de développement, en relations internationales, en libéralisation des échanges, en mondialisation galopante, en voie de réussir son destin d'humain heureux, enfin. Après toutes ces guerres, ces fléaux, ces horreurs... on atteint le mythe du Monde est un village et on y est bien. Malgré l'iniquité, la faim, les enfants violés, les droits bafoués, la misère du monde... On est toujours à la poursuite d'un but inaccessible, le bonheur sur la terre, son bonheur et/ou celui de ses proches. On fait face à la vie ou on fuit ce bonheur et les difficultés qui s'érigent entre lui et nous au fur et à mesure qu'on devient exigeant ou laxiste.

Et on tremble de ne pas l'atteindre ou au moins de l'approcher de près avant de partir. On tremble dans le miroir qui marque le temps. On pense au sablier... tiens, ça me rappelle les lignes que j'ai écrites il y a peu :

Amours désertées par les temps qui courent,
Trop vite pour moi, je suis dépassé et têtu
Je vais me reprendre - j'en suis convaincu
le sablier me crache son sable en comptant mes jours

Le haut du panier ou les bas fonds de la terre.
Le choix sans être vraiment un choix. Le déroulé de son existence en rythme le pas, la foulée et finalement impose sa voie. Pas de choix libre. On court après autre chose que la liberté. On s'en fiche de la liberté quand on pense être libres et égaux en droit.
Que les mots nous rassurent ! Et comme ils nous terrorisent... Comme il serait si simple de s'affranchir de leur sens commun, à la limite du vulgaire.

Qu'il est bienséant d'aimer son prochain, de respecter les traditions, de taire son indignation par conformisme ou paresse. Paresse qui nous force à racler la gorge plutôt que de râler à gorge déployée. Un principe bafoué, une liberté étouffée, un libre arbitre étranglé... A l'assassin !
Ne cherchez pas trop loin. Il est tout proche.

Nous, Lui, et oui même Lui, et eux, tous, nous sommes mortels et insatiables. Parce que le temps nous est compté, on le remplit méchamment, sans réfléchir à ce qu'on y met. On croit que notre vie compte, on veut le croire (comment faire autrement ?) on la mesure à ce qu'on possède ou ce qu'on a accompli.
Vois les monarques, vois les Supérieurs, ils amassent des fortunes et sont ensevelis avec. Parfois même de leur vivant ! c'est le comble.
Vois comme ils sont faibles et démunis sans leur carapace de richesses. L'humanité les étreint, trop fort, ils se dégagent, ils pensaient manquer d'air alors qu'ils sont déjà morts.
Fébriles, ils scrutent l'avenir et n'y voient rien.
Présent, je te chéris ! Tu me confortes car tu es là, bien là.
Passé tu m'ennuies.
Futur, tu me fais peur.
Je peine à croire qu'on appellera ça "civilisé" quand quelques chercheurs se pencheront sur notre futile dynastie.